Après l’incident du vol Flydubai FZ1073, le ministère israélien des Transports a adressé aux compagnies une nouvelle consigne fondée sur la nationalité des personnels navigants. Air France l’applique, tandis que des syndicats français dénoncent une mesure discriminatoire.
Le 30 septembre 2026, le vol FZ1073 de Flydubai (FZ), reliant Dubaï à Tel-Aviv, a été dérouté vers Tabuk, en Arabie saoudite, après une attaque dans le cockpit. Le copilote, de nationalité omanaise, est accusé d’avoir agressé le commandant de bord et tenté de prendre le contrôle de l’appareil. Le parquet des Émirats arabes unis évoque une tentative d’acte terroriste ; selon plusieurs médias américains et israéliens, il aurait projeté de précipiter l’avion sur l’aéroport Ben-Gourion. L’enquête se poursuit et Flydubai a suspendu ses vols vers Israël.
À la suite de cet événement, le ministère israélien des Transports a diffusé le 1er octobre une nouvelle directive de sûreté aux compagnies aériennes. D’après une note interne d’Air France (AF) révélée le 10 octobre par Mediapart, aucun membre d’équipage entrant dans l’espace aérien israélien ne doit posséder la nationalité d’un État qui n’entretient pas de relations diplomatiques formelles avec Israël, y compris en cas de double nationalité. La consigne concerne les vols à destination du pays, mais aussi ceux qui ne font que survoler son espace aérien.
La mesure vise 31 nationalités, dont l’Algérie, la Tunisie, l’Iran et le Pakistan. Les pays ayant normalisé leurs relations avec Israël, comme le Maroc ou les Émirats arabes unis, n’entrent pas dans ce filtre.
Air France a informé ses pilotes et personnels navigants commerciaux de ces nouvelles règles. Selon la note citée par Mediapart, la compagnie invite les salariés concernés à déclarer leur situation pour ne pas être programmés sur ces vols ; un défaut de déclaration pourrait leur valoir des sanctions professionnelles. Interrogée, Air France a déclaré qu’elle devait se conformer aux règles d’entrée fixées par les pays qu’elle dessert, tant pour ses clients que pour ses personnels.
Cette consigne suscite une contestation syndicale en France. Force Ouvrière estime qu’écarter des salariés en fonction de leur nationalité, notamment lorsqu’ils possèdent aussi la nationalité française, constitue une discrimination. Le débat porte ainsi sur la conciliation entre les exigences de sûreté imposées par un État à l’entrée de son espace aérien et les règles françaises encadrant le traitement des salariés.
La nouvelle mesure s’inscrit dans un contexte où les autorités cherchent à mieux connaître les personnes à bord des vols internationaux. Les États peuvent exiger des compagnies la transmission anticipée de données sur les passagers et les équipages. Les dispositifs varient toutefois selon les pays : l’obligation américaine de transmettre des données aux autorités, par exemple, relève de règles nationales distinctes. Il ne s’agit pas d’une règle mondiale unique imposant un même système de contrôle à toutes les compagnies.
L’affaire Flydubai a également mis en lumière les limites des vérifications portant sur les équipages étrangers. Israël avait déclaré disposer d’accords avec des compagnies pour empêcher certains pilotes de voler vers le pays. Pourtant, le copilote omanais figurait sur le vol. Après l’incident, des informations contradictoires ont été publiées sur la transmission et le traitement des listes d’équipage. La nouvelle directive sur les nationalités est rapportée comme une mesure effectivement communiquée aux compagnies ; en revanche, la mise en place d’un contrôle individuel renforcé des antécédents de chaque navigant n’est pas confirmée de la même manière par les informations publiques.
La surveillance des équipages ne résout pas, à elle seule, la question de la sûreté au départ. Les accès aux zones réservées, la préparation des avions et les opérations assurées par des prestataires peuvent aussi faire partie de l’examen des dispositifs de sécurité. À ce stade, toutefois, aucune extension précise de la directive israélienne aux personnels au sol sous-traitants n’a été rendue publique.
Le durcissement annoncé marque donc une évolution notable de l’accès des équipages à l’espace aérien israélien. Son application concrète, ses conséquences pour les compagnies et ses effets sur les personnels concernés restent au cœur du débat.

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