VOYAGES
Le tourisme dans tous ses états
De gauche à droite : Christelle Chassagne, présidente d’ADN Tourisme, Jean-René Morice, président d’INNTO France, Valérie Boned, présidente de la CAT, et Géraldine Leduc, conseillère du président de l’ANETT, lors du cocktail inaugural de l’IFTM
Par Imène Nessah

Présidentielle 2027 : le tourisme fait passer le bac aux candidats

Le 1er décembre, quatre poids lourds de la filière convoquent les prétendants à l’Élysée pour un Grand Oral. Quatre candidats ont déjà dit oui. Je vais vous dire pourquoi ça m’amuse, et pourquoi ça compte.

Le 1er décembre, quatre poids lourds de la filière convoquent les prétendants à l’Élysée pour un Grand Oral. Quatre candidats ont déjà dit oui. Je vais vous dire pourquoi ça m’amuse, et pourquoi ça compte.

Je vais être honnête. Quand j’ai lu « Grand Oral tourisme », j’ai levé les yeux au ciel. Encore un. On a tellement vu de colloques où des élus viennent réciter « la France, première destination mondiale » avant de filer à leur rendez-vous suivant. Puis j’ai lu la liste des participants. Et là, j’ai reposé mon café.

Gabriel Attal, David Lisnard, Édouard Philippe, Bruno Retailleau. En personne. Pas un conseiller, pas un porte-parole envoyé au charbon. Les candidats eux-mêmes. Dans un secteur habitué à parler dans le vide, ça s’appelle une petite révolution.

Une photo qui ne doit rien au hasard

J’étais à l’IFTM Top Résa en septembre. Sur la photo de l’inauguration, Christelle Chassagne pour ADN Tourisme, Jean-René Morice pour INNTO France, Valérie Boned pour la CAT et Géraldine Leduc pour l’ANETT posent côte à côte. Dans notre petit monde, une photo pareille, ça se négocie. Les offices de tourisme, les élus, les entreprises et les universités sur la même ligne : je ne l’avais jamais vu. D’habitude, ces gens se parlent poliment dans les couloirs. Là, ils font front.

Christelle Chassagne promet sur LinkedIn un moment où l’on se parlera droit dans les yeux. Je la crois. Elle n’a pas l’air du genre à baisser les siens.

Ce que la filière veut entendre

Le tourisme pèse plus de 8 % du PIB, fait travailler plus de deux millions de personnes et attire plus de 100 millions de visiteurs étrangers. Des chiffres que tous les ministres adorent citer. Des chiffres qu’aucun programme présidentiel n’a jamais vraiment pris au sérieux.

La CAT, elle, a fixé la barre : porter le tourisme à 10 % du PIB d’ici 2035, soit 60 milliards d’euros de richesse en plus. Deux points de PIB. Dit comme ça, ça paraît abstrait. Traduit en emplois, en hôtels rénovés, en villages qui revivent l’été, ça devient un projet de société. La question du 1er décembre sera donc simple : qui, parmi les candidats, est prêt à s’engager sur ce chiffre ? Et avec quel argent ?

Le bon moment pour poser les vraies questions

Le calendrier est malin. Le premier tour aura lieu le 18 avril 2027, le second le 2 mai. Le 1er décembre, les programmes seront encore en pâte à modeler. Et la filière sort tout juste d’une rentrée budgétaire agitée, avec un projet de loi de finances 2027 qu’elle juge déjà trop gourmand. Hôteliers, restaurateurs, loueurs saisonniers, maires de stations : chacun viendra avec sa question. Et chacun voudra une réponse chiffrée.

Quarante-cinq minutes pour convaincre

Le format me plaît. Chaque candidat passe seul, 45 minutes environ, sur une trame identique. Un grand entretien sur sa vision. Des questions thématiques pour aller dans le dur. Deux séquences courtes pour obtenir des engagements nets. Au programme : fiscalité, emploi, logement des saisonniers, vacances pour tous, climat, intelligence artificielle. Impossible de s’en sortir avec une envolée sur le rayonnement de la France.

François-Xavier Izenic anime. Tout est filmé. Les promesses resteront en ligne. Et croyez-moi, la filière a de la mémoire.

Il manque des élèves

Je note quand même un détail. Quatre candidats, tous du centre et de la droite. Ni la gauche, ni le Rassemblement national pour l’instant. Un oral où tous les élèves viennent du même rang, c’est moins un examen qu’une révision de groupe. Il reste six semaines pour remplir la salle. J’espère qu’elle le sera.

La question qui fâche

Ma question à moi, je l’ai déjà. Et c’est un chiffre de la FNAM qui me l’a soufflée. Depuis 2019, selon la fédération des compagnies aériennes, les vols qui partent de France ou y arrivent ont reculé de 2 %. Les survols, eux, ont progressé de 15 %. Je vous laisse relire. Nous sommes devenus le plus grand rond-point aérien d’Europe : on nous traverse, on ne s’arrête plus. Et pendant ce temps, la taxe sur les billets d’avion a triplé en 2025. Alors, mesdames et messieurs les candidats, une question simple : voulez-vous que la France reste la première destination du monde, ou qu’elle devienne le plus beau paysage vu par le hublot ?

Rendez-vous le 1er décembre.

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