Chaque hiver, c’est la même transhumance : Européens, Canadiens et Américains fuient le froid pour le sable chaud. Cette année, les compagnies n’ont jamais autant bataillé pour les transporter.
Les Caraïbes ont accueilli environ 35 millions de visiteurs en séjour en 2025, soit 2,5 % de plus qu’en 2024, selon la Caribbean Tourism Organization (CTO). Derrière ce chiffre sage, la carte bouge. Les États-Unis restent de loin le premier marché, avec environ 17 millions de visiteurs. Le Canada (-5,3 %) et l’Europe (-3,3 %) reculent. Et l’Amérique du Sud bondit de près de 24 %, à 2,4 millions d’arrivées : le marché que personne n’attendait.
La République dominicaine reste la locomotive avec 8,5 millions de visiteurs en 2024, loin devant la Jamaïque, Cuba, les Bahamas, Aruba et Porto Rico. Cuba, plombée par l’embargo américain, reste loin de son potentiel.

Saint-Martin, la petite île des gros porteurs
Le vrai feuilleton de l’hiver se joue sur 87 km². Air Caraïbes (TX) a repris le 15 octobre ses vols directs entre Paris-Orly (ORY) et l’aéroport Princess Juliana (SXM), côté néerlandais, en Airbus A350-900, les lundis et jeudis. Réponse d’Air France (AF) : à partir du 1er février 2027, elle aussi passe à l’A350-900 entre Paris-Charles-de-Gaulle (CDG) et SXM, avec jusqu’à 14 vols par semaine.
Côté américain, American Airlines (AA) relie SXM chaque jour à Miami (MIA), Charlotte (CLT) et, en haute saison, Philadelphie (PHL), avec jusqu’à deux vols quotidiens depuis Miami.
Air Caraïbes contre-attaque aussi par les îles. À partir du 8 janvier 2027, la compagnie reliera chaque jour Pointe-à-Pitre (PTP) à SXM en ATR 72-600, avec des allers-retours à partir de 199 € TTC depuis la Guadeloupe et 249 € depuis la Martinique, en tarif Basic avec bagage cabine uniquement. Elle garde en parallèle jusqu’à six vols quotidiens vers Grand Case (SFG), l’aéroport du côté français.

Pourquoi deux aéroports sur la même île ? Parce qu’ils ne jouent pas dans la même cour. Grand Case, taillé pour l’ATR, sert surtout les résidents et les touristes du côté français. Princess Juliana accueille les gros porteurs et les correspondances vers les États-Unis et les Amériques. Surtout, ce vol quotidien permet à Air Caraïbes de vendre Paris vers SXM tous les jours, via Pointe-à-Pitre, alors que son direct ne vole que deux fois par semaine. Ouverture le 8 janvier, arrivée de l’A350 d’Air France le 1er février : le calendrier n’a rien d’un hasard.
France-Antilles : Paris verrouille, la province s’invite
Sur l’axe historique, Air Caraïbes programme cet hiver jusqu’à 21 vols par semaine entre Paris-Orly (ORY) et Pointe-à-Pitre (PTP), et jusqu’à 18 vers Fort-de-France (FDF). Entre les deux îles, la compagnie monte jusqu’à sept vols par jour.
Air France muscle aussi son réseau régional : trois rotations hebdomadaires de plus entre Pointe-à-Pitre (PTP) et Fort-de-France (FDF), jusqu’à 13 vols par semaine en pointe. Et surtout une nouveauté qui parle aux Sud-Américains : une ligne directe entre Pointe-à-Pitre (PTP) et Panama City (PTY) à partir du 11 décembre 2026. Panama, plaque tournante de Copa Airlines (CM), ouvre la Guadeloupe à tout le continent.
Corsair (SS) joue une autre carte : la province. La compagnie maintient ses vols hebdomadaires entre Bordeaux (BOD) et Fort-de-France (FDF) et entre Nantes (NTE) et Pointe-à-Pitre (PTP), et ouvre deux nouvelles lignes vers la Guadeloupe en A330neo : depuis Marseille (MRS) à partir du 15 décembre 2026, puis depuis Toulouse (TLS) dès le lendemain. Une façon d’aller chercher le voyageur qui ne veut plus passer par Paris.
Le Canada drague les Antilles françaises
Le marché canadien recule à l’échelle de la région, mais pas vers la Guadeloupe et la Martinique. Air Canada (AC) ajoute un vol hebdomadaire entre Québec (YQB) et Pointe-à-Pitre (PTP), chaque jeudi du 17 décembre 2026 au 8 avril 2027. Air Transat (TS) ouvre deux vols par semaine entre Toronto (YYZ) et Fort-de-France (FDF) à partir du 19 décembre 2026. Montréal (YUL), Québec (YQB), Toronto (YYZ) : les deux compagnies se partagent désormais les trois grandes villes de l’Est canadien vers les Antilles. La francophonie aide, les comités du tourisme aussi.
Miami et San Juan, les autres aiguillages
Miami (MIA) reste le grand aiguillage d’American Airlines vers les îles. San Juan (SJU), desservi notamment par JetBlue (B6), joue à la fois la destination et la correspondance. Plus au sud et à l’est, interCaribbean Airways (JY) tisse sa toile depuis la Barbade (BGI), Providenciales (PLS) et Tortola (EIS).
Ce que ça change
Pour le voyageur, l’hiver s’annonce plus simple : plus de vols directs, depuis Paris comme depuis Marseille ou Toulouse, plus de combinés entre îles, et une concurrence qui peut tirer les prix vers le bas sur Saint-Martin. Pour les hôteliers, les loueurs et les excursionnistes, c’est un bassin de clientèle qui s’élargit, du Québec au Panama. Reste à remplir les avions.

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