VOYAGES
Le tourisme dans tous ses états
L’entrée de Poomjai Garden, sous son panneau en écriture thaïe. © Richard Bayon
Par Richard Bayon

Un jardin d’Éden au cœur de Bangkok

Au bord d’un klong, à quelques kilomètres du tumulte de Bangkok, un verger de litchis centenaire est devenu jardin en permaculture et table du jardin à l’assiette. Poomjai Garden, adresse quasi secrète connue des seuls Bangkokois initiés, est l’une des plus belles surprises de la capitale thaïlandaise.

Il m’aura fallu dix-sept voyages en Thaïlande pour découvrir, avec un immense enthousiasme et une réelle curiosité, cette adresse à nulle autre pareille, au beau milieu d’une capitale de 14 millions d’habitants. De la végétation, du vert, beaucoup de vert, fourni, dense, esthétique, qui forme un rideau acoustique et une ombre salvatrice dans une ville écrasée de chaleur. Poomjai Garden n’est ni un musée traditionnel ni une simple adresse de restaurant. C’est un concept, une philosophie, portés par une équipe dévouée et passionnée qui cultive et entretient son paradis vert, ses vergers et son potager, pour une découverte du jardin à l’assiette. Mais pas seulement.

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La vie avant le jardin

Le canal, ici on dit klong, est le cœur historique du quartier. Bien avant la création de Poomjai Garden, le canal de Bang Khun Thian était déjà le centre de la vie locale. Son histoire remonte au début de l’ère Rattanakosin*, quand des canaux furent creusés à travers Thonburi, sur la rive ouest de Bangkok, pour permettre la culture en buttes. Un marché flottant animait le cours d’eau, des maisons sur pilotis bordaient les rives, et les bateaux chargeaient et déchargeaient leurs marchandises près du pavillon du temple Wat Sai. Autrefois, Bangkok vivait davantage au rythme de ses voies navigables que de ses routes. Ce tronçon en garde encore le souvenir.

Le jardin lui-même est né d’un verger de litchis plus que centenaire, propriété de la même famille depuis le règne du roi Rama V. Plus de 150 litchis y poussent encore, tous âgés de plus de cent ans. Leurs fruits, le fameux litchi de Bang Khun Thian, bénéficient depuis 2018 d’une indication géographique protégée. Plutôt que de laisser le verger à l’abandon, la famille a choisi de lui donner une seconde vie : Poomjai Garden a ouvert ses portes en novembre 2017.

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Une sorte d’écomusée du vivant

C’est un peu une salle de classe à ciel ouvert, où l’on apprend au contact de la nature. Alors que les espaces verts se raréfient à Bangkok et que le quotidien s’éloigne de la simplicité, Poomjai Garden a choisi de résister et de préserver ces valeurs. Ce n’est pas un simple espace de conservation, mais un jardin thaïlandais biologique bien vivant, qui nourrit réellement les gens.

Fidèle à la philosophie ancestrale « manger, puis planter ; planter, puis manger », l’équipe de ce fabuleux jardin cultive une abondance de plantes essentielles à la cuisine thaïlandaise : feuilles de bétel (une liane grimpante), combava (le citron kaffir), citronnelle, galanga (un rhizome cousin du gingembre), bigarade (orange amère), tamarin (dont le nom signifie « datte de l’Inde »), noni (la pomme-chien), basilic sacré, basilic doux, feuilles d’érythrine (l’arbre corail), bilimbi (des fruits semblables à de petits cornichons translucides), krachaï (le gingembre chinois, ou finger root) et gingembre. Loin d’être décoratives, ces plantes sont récoltées chaque jour et passent directement des parcelles à la cuisine de Natura, le restaurant de Poomjai Garden. Ici, le « jardin thaïlandais » ne se résume pas à un style paysager. Il incarne la durabilité, une valeur ancrée dans la façon de penser, de cultiver et d’entretenir ce jardin, et donc de vivre, depuis sa conception.

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Une cuisine thaïlandaise du jardin à l’assiette au Natura Café

Au cœur même du jardin, le Natura Café propose une cuisine thaïlandaise locale, élaborée avec des produits cultivés à quelques pas des fourneaux. Herbes aromatiques, fruits et légumes poussent à un jet de pierre et passent directement des parcelles à votre assiette. Au menu : curry vert, curry massaman (d’inspiration persane), l’incontournable pad thaï, tom yum (soupes aigres, épicées et pimentées), liserons d’eau sautés, crabe sauté au piment « œil d’oiseau », sans oublier une sélection de gâteaux et de desserts. On déjeune au choix dans une salle perchée ou entre petit klong et bambouseraie, en compagnie de colombes pas farouches qui viennent saluer les convives à table.

Aucune réservation n’est nécessaire. Il suffit de se présenter aux heures d’ouverture, seul ou en famille, au fil d’une promenade impromptue ou juste après une excursion en bateau : le jardin dispose de son propre quai d’accostage, et l’on passe ainsi directement du klong au jardin.

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Poomjai Garden, un lieu de partage et de sociabilité

C’est un patrimoine vivant ouvert à tous : aux élèves en sortie scolaire, aux voisins venus se promener le dimanche, aux familles qui cultivent leur lopin de terre depuis des générations.

On peut y explorer le jardin en permaculture, l’autre grande spécialité du lieu, en compagnie de ceux qui le cultivent. La visite guidée, menée par ceux qui le font vivre, permet de comprendre la logique des plantations et la réalité quotidienne du principe « cultiver ce que l’on mange, manger ce que l’on cultive ». Car Poomjai Garden est un véritable jardin en permaculture, pas un jardin d’exposition. De la conception du jardin au choix des cultures, en passant par le lien quotidien entre la terre et ceux qui en prennent soin, la visite va bien au-delà d’une simple énumération de plantes. Le jardin propose aussi des ateliers : cuisine thaïe, desserts traditionnels ou teinture naturelle des tissus. S’y promener, c’est comprendre la relation entre l’homme et la nature au cœur d’une mégalopole.

Plus de bruit, plus de pollution. De l’ombre, de la fraîcheur, des senteurs exotiques, une cuisine raffinée et surprenante, et des chants d’oiseaux, beaucoup d’oiseaux. Parfois, quelques gouttes d’eau tombent sur de larges feuilles. Au loin, un bateau à longue queue vrombit sur un klong, et des chants montent d’une pagode de moines bouddhistes. Bienvenue dans le Bangkok secret.

*L’ère Rattanakosin (1782-1932) désigne la période de l’histoire du Siam qui s’ouvre avec la fondation de Bangkok par le roi Rama Ier, premier souverain de la dynastie Chakri, toujours sur le trône aujourd’hui, et s’achève avec la révolution de 1932, qui transforme la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle. En 1782, Rama Ier transfère la capitale de Thonburi, sur la rive ouest du fleuve Chao Phraya, vers l’île de Rattanakosin, sur la rive est, qui a donné son nom à l’époque.

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Y aller:

  1. Adresse : Natura Café, Poomjai Garden, 9/3 Moo 6, Chom Thong Road, district de Chom Thong, Bangkok 10150
  2. Site : poomjaigardenbkk.com
  3. Horaires : tous les jours de 10 h à 18 h (dès 9 h le week-end). La cuisine ferme à 17 h.
  4. Entrée : libre, en principe contre une consommation au Natura Café
  5. Accès : en bateau par le klong, ou en taxi depuis le centre (parking sur place, mais petit). La station BTS la plus proche, Wutthakat, est à environ 4 km.
  6. Budget : un pad thaï autour de 130 bahts
  7. Ateliers : sur réservation via le site du jardin


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