Une icône américaine fabriquée à Paris

C’est le 28 octobre 1886 que la Statue de la Liberté était inaugurée à New York. Cent quarante ans plus tard, le Musée des Arts et Métiers invite le public à découvrir « Lady Liberté. De la sueur, de l’audace, du génie », une exposition consacrée à la construction de ce monument devenu une icône mondiale. Ouverte depuis le 22 septembre, elle s’inscrit aussi dans le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis.
Car si la statue veille aujourd’hui sur New York, une grande partie de son histoire s’est écrite à Paris. Imaginée par le sculpteur Auguste Bartholdi, elle a pris forme dans les ateliers Gaget, Gauthier et Cie, au 22 rue de Chazelles, dans le 17e arrondissement, grâce au travail de nombreux compagnons. Cuivre, fer, bois et plâtre : sa réalisation a mobilisé des savoir-faire variés et des étapes de fabrication minutieuses.
Pendant plusieurs années, les Parisiens ont pu voir la statue grandir au-dessus des toits du quartier. Assemblée entièrement sur place entre 1881 et 1884, elle a été officiellement remise à l’ambassadeur des États-Unis le 4 juillet 1884, avant d’être démontée pièce par pièce. Le procédé tenait de la prouesse : des feuilles de cuivre d’à peine 2,5 mm d’épaisseur, martelées à la main sur des gabarits en bois, puis fixées à une ossature en fer. Une peau fine et souple sur un squelette rigide, un principe qui lui permet encore aujourd’hui de résister au vent du port de New York.

Bartholdi et Eiffel, un duo sous tension

Le chantier a aussi suscité des débats. Après la mort d’Eugène Viollet-le-Duc, Gustave Eiffel prit la suite pour concevoir la structure interne. Entre la vision artistique de Bartholdi et les exigences de solidité de l’ingénieur, les échanges furent parfois tendus, notamment autour du bras levé.
Dès 1876, la torche, déjà à sa taille définitive, était présentée à Philadelphie lors de l’Exposition du centenaire de l’indépendance américaine. Une façon de séduire le public américain et de récolter des fonds bien avant l’achèvement de la statue.
De Paris à New York, une traversée et une collecte hors norme
La traversée vers les États-Unis fut une aventure à part entière. Démontée et répartie dans plus de 200 caisses, la statue a voyagé à bord de l’Isère. À son arrivée à New York, en juin 1885, le socle n’était pas encore prêt.
Le financement aussi a été une épopée. Côté français, l’Union franco-américaine a lancé une souscription publique, complétée par une loterie, pour payer la statue. Côté américain, c’est le piédestal qui bloquait : faute d’argent, le chantier était à l’arrêt. Le patron de presse Joseph Pulitzer a alors lancé un appel dans son journal, le New York World, promettant de publier le nom de chaque donateur, même pour quelques cents. Plus de 120 000 personnes ont répondu. Le socle, dessiné par l’architecte Richard Morris Hunt, a été achevé au printemps 1886, et la statue remontée à temps pour l’inauguration. Avec son piédestal, elle culmine à 93 mètres.
Une plongée immersive dans les coulisses du chantier

L’exposition du Musée des Arts et Métiers permet de plonger dans ces coulisses. En 45 minutes environ, pièces historiques, images en 3D, son spatial et décors réels racontent comment cette œuvre monumentale a été pensée, fabriquée puis transportée. On y découvre aussi les modèles en plâtre, les premiers gabarits en bois et des pièces sorties spécialement des réserves du musée.
En cette date anniversaire, l’exposition offre une belle occasion de redécouvrir la Statue de la Liberté sous un autre angle : comme un cadeau franco-américain, mais aussi comme une formidable aventure humaine et technique, née dans les ateliers parisiens.
Prolonger la visite dans Paris
La tour Eiffel fait écho à l’exposition avec « Lady Liberty », installée sur la terrasse du premier étage et réalisée en partenariat avec le musée. Elle revient sur le rôle déterminant de Gustave Eiffel dans le projet. Autre étape incontournable, la réplique de l’île aux Cygnes, dans le 15e arrondissement, offerte par la communauté américaine de Paris en 1889 et tournée vers sa grande sœur new-yorkaise.
Infos pratiques
« Lady Liberté. De la sueur, de l’audace, du génie », jusqu’au 1er août 2027
Musée des Arts et Métiers, 60 rue Réaumur, Paris 3e
Métro Arts-et-Métiers (lignes 3 et 11) ou Réaumur-Sébastopol (ligne 4)
Tarif de l’exposition : 9 €, en complément du billet d’entrée au musée

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