Imaginez Rome vers l’an 150. Depuis la capitale, des routes filent à travers l’Europe, l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, reliant ports, villes, forteresses et campagnes. Cette toile de circulation, longtemps connue par fragments, se découvre aujourd’hui sur Itiner-e, un atlas numérique ouvert au public. Le projet cartographie 299 171 kilomètres de routes sur près de quatre millions de kilomètres carrés, soit plus de 100 000 kilomètres de plus que l’inventaire de référence précédent. L’étude publiée dans Scientific Data présente le jeu de données qui sous-tend cette carte. Itiner-e permet de consulter les tracés et propose aussi un outil de recherche d’itinéraires antiques, encore en version bêta.
Ce « Google romain » se consulte gratuitement sur itiner-e.org.

Une carte pour rêver, mais aussi pour enquêter
Pour constituer l’atlas, les chercheurs ont croisé publications archéologiques, atlas historiques, inscriptions, bornes milliaires, cartes topographiques anciennes et récentes, ainsi que des photographies aériennes et satellitaires. Chaque tronçon est associé à des sources et à un degré de certitude.
C’est là que la carte prend toute sa valeur de voyage : elle ne montre pas seulement des routes, elle rend visibles les limites de nos connaissances. Selon l’étude, seuls 2,7 % des tracés sont localisés avec certitude, 89,8 % sont conjecturés et 7,4 % hypothétiques. La carte dessine donc à la fois l’ancien réseau et les zones où les indices restent incomplets. Les catégories de certitude et les variations de couverture régionale sont détaillées dans la documentation d’Itiner-e.
Pour le voyageur, l’atlas est un outil de préparation et de curiosité plutôt qu’un GPS de randonnée : une ligne sur l’écran ne garantit ni un vestige visible, ni un sentier praticable. Le projet est aussi évolutif : les données sont ouvertes et la communauté scientifique peut les compléter.

La Via Appia, une route antique à parcourir
Pour une première immersion sur le terrain, la Via Appia Antica, au sud de Rome, offre un itinéraire particulièrement évocateur. Surnommée la « reine des voies », elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2024. Son histoire remonte à 312 avant notre ère ; prolongée au fil des siècles, elle reliait Rome à Brindisi. La fiche de l’Unesco décrit un ensemble de plus de 800 kilomètres, composé de plusieurs tronçons patrimoniaux.
Dans le parc archéologique de l’Appia Antica, on peut longer des portions pavées et découvrir monuments funéraires, aqueducs et vestiges antiques au milieu de la campagne romaine. Le parc recommande de venir à pied, à vélo ou en transports publics, le stationnement étant limité. Une portion de 16 kilomètres peut être parcourue à pied depuis la gare de Santa Maria delle Mole vers Rome ; vélos et informations de visite sont disponibles auprès du site officiel du parc. Détail pratique : l’aéroport de Rome-Ciampino (CIA) se trouve juste à côté, celui de Rome-Fiumicino (FCO) à une quarantaine de minutes. Les horaires et conditions d’accès peuvent évoluer : mieux vaut les vérifier avant le départ.
En France, les routes romaines se découvrent aussi à pied
L’atlas invite également à chercher des traces plus proches. Sous le nom de voie d’Agrippa, on désigne en fait tout un réseau de routes tracées en Gaule au Ier siècle avant notre ère, au départ de Lyon. En Auvergne, l’office de tourisme des Combrailles propose une boucle balisée de 11,5 kilomètres autour de Voingt, sur l’une de ces voies. L’itinéraire, accessible librement, traverse chemins et paysages ruraux ; le parcours peut être déconseillé par mauvais temps. La fiche de randonnée fournit le tracé et les informations pratiques.
En Provence, à Graveson, c’est la branche reliant Lyon à Arles qui affleure. Le tronçon a été mis au jour en 2015 par les archéologues de l’Inrap, lors de fouilles préventives menées avant la construction d’un poste électrique. Protégée sous un abri, la chaussée se visite librement et gratuitement, avec des panneaux pour comprendre les fouilles. Le site du tourisme régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur indique les conditions de visite.

Des chemins anciens, des voyages contemporains
La promesse d’Itiner-e n’est pas de transformer d’un clic l’ensemble de l’Empire romain en itinéraire touristique. Elle est plus subtile : relier une carte à des paysages, des musées et des sites que l’on peut réellement visiter. On peut préparer une escapade autour d’une voie attestée, puis utiliser l’atlas pour comprendre les connexions régionales, repérer les lieux antiques voisins et mesurer combien le réseau dépassait les grandes artères célèbres.
Avant de partir, il reste essentiel de vérifier l’accès sur les sites officiels locaux : certains tracés traversent aujourd’hui des propriétés privées, des zones agricoles ou des secteurs sans sentier balisé. Mais pour qui aime voyager avec une carte en main et un peu d’imagination, les voies romaines offrent une manière singulière de lire le territoire : non plus seulement comme un décor, mais comme un réseau d’échanges vieux de près de deux millénaires.
Sources principales : Itiner-e, étude de Scientific Data, Unesco (Via Appia), Parc archéologique de l’Appia Antica, Office de tourisme des Combrailles, Inrap.
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