VOYAGES
Le tourisme dans tous ses états
Les tours de schiste et de tuffeau de la forteresse d’Angers, côté jardins. © Richard Bayon
Par Richard Bayon

Au sommet d’Angers

Avec l’ouverture au public de sa plus vénérable tour féodale, hissez haut les couleurs de cette cité ligérienne ! La forteresse d’Angers vient de prendre de la hauteur et devient le point culminant de la ville. Par ici pour redécouvrir ce château avec vue.

Quatre-vingt-trois marches vers le ciel

Telle une sentinelle sur l’enceinte urbaine, la forteresse conjugue deux architectures qui s’imbriquent l’une dans l’autre : la forteresse de saint Louis et le château des ducs d’Anjou. Et si, des dix-sept tours massives de la forteresse d’Angers, il ne devait en rester qu’une, ce serait celle-là. La plus ancienne et la plus haute ! Perchée à flanc de falaise, à 40 mètres au-dessus de la Maine, la tour dite « du Moulin » offre une vue panoramique sur la capitale du doux Anjou. Le regard y embrasse à la fois la forteresse, la cathédrale, la cité historique et les quartiers contemporains, soit huit siècles d’histoire. Quatre-vingt-trois marches, comprises dans le billet d’entrée, mènent à ce belvédère d’exception, accessible depuis septembre 2026 à l’issue d’un important chantier de restauration du rempart nord.

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Un moulin qui a gardé son nom

À l’intérieur, un diaporama rappelle que la tour abrita un moulin « tournant et virant ». Édifié en 1593, il fut démonté en 1620… mais lui laissa son nom. Depuis ce sommet, on domine la forteresse bâtie au XIIIe siècle par la reine Blanche de Castille et son fils, le futur saint Louis. Berceau de l’histoire angevine, le site a connu un destin singulier, et peu de monuments en concentrent autant en un même lieu. Palais, forteresse, résidence princière, prison d’État et désormais domaine national, le château d’Angers n’a cessé de se réinventer tout en demeurant un lieu stratégique et symbolique.

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Le grand siècle des ducs d’Anjou

Au milieu du XIVe siècle, la forteresse, sans renoncer à son rôle défensif, devient l’une des résidences des ducs d’Anjou, princes de sang royal parmi les plus puissants et les plus influents de leur temps. Pendant plus d’un siècle, le château connaît son âge d’or et accueille une brillante vie de cour, dont les alliances et les commandes artistiques rayonnent dans toute l’Europe. Ces « princes des fleurs de lys » rivalisent avec les plus grandes cours par leur richesse, leur mécénat et leurs ambitions politiques. C’est au XVe siècle, sous le règne du « bon roi René », que la vie de cour atteint son apogée et que le château devient un lieu de culture, de création et d’innovation.

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L’Apocalypse, 103 mètres de visions

C’est à cette dynastie que le château doit son plus précieux trésor : la Tapisserie de l’Apocalypse. Cette œuvre monumentale (103 mètres aujourd’hui, 140 à l’origine), aux allures de bande dessinée, est la plus grande tapisserie médiévale conservée au monde. Elle offre une plongée saisissante dans la pensée médiévale en relatant les visions de saint Jean, qui décrit les épreuves traversées par l’humanité avant l’avènement de la Jérusalem nouvelle. Réalisée en pleine guerre de Cent Ans, elle n’est pourtant pas qu’une mise en images du dernier livre de la Bible : c’est aussi un témoignage de son époque, dont elle dépeint les crises, des conflits aux famines en passant par les tremblements de terre. Elle dialogue ainsi avec sa lointaine cousine normande. La Tapisserie de Bayeux raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, d’où naîtra la dynastie des Plantagenêts et, trois siècles plus tard, la guerre de Cent Ans. L’une montre la naissance d’un monde, l’autre ses déchirements : Bayeux et Angers se lisent comme le premier et le dernier chapitre d’une même histoire franco-anglaise.

Véritable prouesse artistique et technique, inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco, cette Apocalypse vaut à elle seule le voyage dans ce haut lieu du Val de Loire, qui s’enorgueillit en outre de la plus ancienne herse de France et d’un chemin de ronde de 500 mètres. Le monument abrite aussi une biodiversité remarquable : 3 hectares d’espaces paysagers et de milieux variés, où l’on recense pas moins de 326 espèces. Le talus arboré évoque l’univers du roi René et de ses nombreuses possessions méridionales, avec ses micocouliers, ses lilas et ses genêts. Le jardin suspendu sur le rempart nord rappelle quant à lui les jardins des simples du Moyen Âge, certaines espèces, de la garance à l’acanthe, dialoguant avec la tapisserie.

Angers, la douceur à pied

Monument le plus visité du Maine-et-Loire, le château a accueilli 326 000 visiteurs en 2025, dont 33 % d’étrangers. Il est aussi la porte d’entrée idéale pour une échappée belle dans une ville à la fois vivante et paisible, dont l’architecture de schiste, de tuffeau et d’ardoise invite à une délicieuse promenade, digne de cette « gastronomie de l’œil » chère à Balzac.

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Des bâtisses médiévales aux demeures Renaissance et aux hôtels particuliers du XIXe siècle, l’histoire a ici pignon sur rue, de la ville haute aux bords de la Maine, où de nouvelles halles gourmandes ont récemment ouvert pour le plaisir des papilles.

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Sacrée première ville verte de France pour la quatrième fois consécutive en 2023 par l’Observatoire des villes vertes, et ville où il fait le mieux vivre trois années de suite, de 2022 à 2024, au palmarès de l’association Villes et villages où il fait bon vivre, l’ancienne Juliomagus a depuis cédé cette dernière couronne à Biarritz. Mais, toujours sur le podium, elle reste la capitale de la célèbre « douceur angevine ».

Infos pratiques

Château d’Angers, 2 promenade du Bout-du-Monde, 49100 Angers

Accès : environ 1 h 30 en TGV depuis Paris-Montparnasse

Du 5 septembre au 30 avril : de 10 h à 17 h 30, 11 € plein tarif

Du 2 mai au 4 septembre : de 10 h à 18 h 30, 14 € plein tarif

Accès à la tour du Moulin inclus dans le billet d’entrée

www.chateau-angers.fr

www.monuments-nationaux.fr

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