Je prends Air Algérie plus de dix fois par an. Je connais la musique : l’embarquement qui prend son temps, le voisin qui négocie sa troisième valise cabine, l’applaudissement à l’atterrissage. Alors quand le pavillon national annonce cinq nouvelles lignes entre le 25 et le 28 octobre, dont trois le même lundi, j’ai relu le communiqué. Deux fois.
Conakry, Brazzaville, Lagos via Abuja, Shanghai. Et Tripoli, qui revient après près de dix ans d’absence. Pour une compagnie qu’on résume trop souvent à Orly-Alger en août, le virage est franc. Air Algérie ne veut plus être seulement le bus de la diaspora. Elle veut être un hub.
L’Afrique, enfin
Ce n’est pas un coup isolé. Depuis le printemps, Addis-Abeba, Libreville et Luanda sont entrées ou revenues au programme, et l’Europe n’est pas oubliée avec le retour de Budapest via Vienne et l’ouverture de Berlin en septembre. Douala et Libreville, qui partageaient le même avion, volent désormais chacune de leur côté en 737 MAX 8. Objectif affiché : 18 destinations sur le continent avant la fin de l’année.
Le PDG, Hamza Benhamouda, ne cache pas l’ambition. « Géographiquement, Alger est un hub naturel pour l’Afrique », m’a-t-il confié. Sa stratégie tient en deux leviers : des tarifs compétitifs et des correspondances courtes à Alger, pour concurrencer les vols directs entre capitales africaines et européennes. Il voit même dans la faiblesse du transport aérien sur le continent une occasion de « jouer un rôle moteur ».
Sur le papier, Alger a tout pour réussir. Une capitale à deux heures de l’Europe et à quelques heures de l’Afrique de l’Ouest. Sur le terrain, la concurrence est installée : Royal Air Maroc a fait de Casablanca la porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest, Ethiopian règne sur l’Est. Air Algérie arrive plus tard que les autres. Mais elle arrive avec une flotte neuve et une vraie volonté politique derrière elle.
Alger-Shanghai, le vrai signal
La ligne qui m’intéresse le plus, c’est Shanghai, inaugurée le lundi 26 octobre. Lors de la cérémonie, Sid Ahmed Dekdouk, directeur par intérim des ventes et du réseau du groupe, l’a présentée comme une étape de la diversification vers l’Asie, avec davantage de possibilités pour les voyageurs comme pour les marchandises.
Trois vols par semaine en A330neo, troisième ville chinoise du réseau après Pékin et Guangzhou, quelques mois après Kuala Lumpur. Les billets sont en vente depuis la mi-août, avec un aller-retour affiché à partir de 892 euros au départ de Shanghai. L’Asie n’est plus une curiosité sur la carte, c’est un axe. Et il suit l’économie : la Chine est le premier fournisseur de l’Algérie depuis 2013, avec plus de 15 milliards de dollars d’échanges l’an dernier. Les hommes d’affaires qui passaient par Dubaï ou Istanbul ont désormais un direct, et leurs marchandises aussi.
Les avions, nerf de la guerre

Tout cela repose sur la flotte. Six A330neo livrés depuis fin 2025, dont un baptisé « Diaspora » (joli clin d’œil), trois 737 MAX 8 arrivés cet été. La compagnie vise près de 10 millions de passagers cette année, contre 8,8 millions en 2025. Le PDG l’a dit lui-même au printemps : le rythme des ouvertures suivra celui des livraisons.
C’est là que se jouera la suite. Chaque nouvelle ligne mobilise un avion et un équipage, et l’été a montré que la demande peut mettre le réseau sous tension : entre la France et l’Algérie, 91 vols ont été fortement perturbés en juillet et août, dont 74 opérés par Air Algérie, qui transporte aussi la moitié des passagers de l’axe. La ponctualité sera le meilleur ambassadeur de ces nouvelles routes.
Les projets qui mûrissent
Toutes les annonces d’avril ne sont pas encore au programme. Accra, Maputo et Varsovie attendent leur date. Delhi, un temps annoncée pour cet hiver, a été repoussée. Rien d’anormal pour un réseau qui grandit aussi vite : mieux vaut ouvrir une ligne prête qu’une ligne pressée.
Pendant ce temps, en France
La France reste le cœur du réseau. Jusqu’à 24 vols par jour depuis Paris en haute saison, une dizaine de villes françaises desservies cet hiver : c’est ce socle solide qui permet à la compagnie de voir plus loin. Au Canada, Air Algérie est même désormais la seule à proposer le direct Montréal-Alger depuis le retrait d’Air Canada.
Les nouvelles lignes en bref
- Alger-Conakry : depuis le 25 octobre, trois vols par semaine en Boeing 737 MAX 8
- Alger-Brazzaville : depuis le 26 octobre, trois vols par semaine en Boeing 737 MAX 8
- Alger-Abuja-Lagos : depuis le 26 octobre, deux vols par semaine
- Alger-Shanghai : depuis le 26 octobre, trois vols par semaine en Airbus A330neo
- Alger-Tripoli : retour depuis le 28 octobre, deux vols par semaine
Rendez-vous
Ouvrir une ligne, c’est un ruban, un jet d’eau sur le tarmac et une photo officielle. La faire vivre, c’est l’affaire de plusieurs saisons. Je donne rendez-vous à Air Algérie à l’été 2027 pour voir comment Lagos et Shanghai ont trouvé leur public. Et ce jour-là, je prendrai le vol pour vérifier.

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